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Le numéro d’Envoyé Spécial sur le glyphosate a-t-il été critiqué par des trolls ?

Envoyé Spécial a prétendu que les critiques contre son émission sur le glyphosate étaient notamment le fait de… trolls. Une accusation qui a beaucoup surpris les sceptiques, en particulier parce que ces dernier.e.s ont vu, dans les critiques, des comptes et des gens qu’il.elle.s connaissent et fréquentent régulièrement (au moins virtuellement).

Chèvre Pensante propose une évaluation quantitative de la véracité de l’hypothèse d’Envoyé Spécial, par le biais d’une analyse des tweets et commentaires Facebook échangés à propos de cette émission. C’est du super boulot, et je ne peux qu’en recommander vivement la lecture !

Je ne veux pas vous spoiler l’article, mais… disons que globalement, l’hypothèse d’Envoyé Spécial n’est sans doute pas la plus vraisemblable…

Pour celles et ceux qui n’auraient pas le temps de lire l’article (long) en entier, il propose un court résumé.

C’est à lire par ici.

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À quel courant de l’économie j’appartiens ?

Ma réponse : à celui des hypothèses supportées par des preuves empiriques – jusqu’à ce que de nouvelles hypothèses et preuves empiriques rendent obsolètes les précédentes.

Je me retrouve aussi pas mal dans le courant des revues de la littérature (à défaut des méta-analyses, rares en économie), et dans celui de la vulgarisation consistant à expliquer le consensus scientifique (ou les controverses) plutôt que faire la promotion de ses propres positions de chercheur.

Voili voilou.

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Qu’est-ce que le bullshit ?

Le bullshit a envahi l’espace public. Et avec les réseaux sociaux, il a trouvé une caisse de raisonnance monstrueuse. Vous le trouverez chez les anti-vaccins, chez les partisans de la Terre plate, chez les homéopathes, chez certains anti-glyphosates, chez de nombreux économistes de plateaux télé, chez les égyptologues du dimanche, et j’en passe.

Mais c’est quoi, exactement, le bullshit ?

Si vous lisez l’anglais, je vous conseille mille fois la lecture de On Bullshit, un court ouvrage du philosophe Harry G. Frankfurt. C’est une tentative de définir le bullshit, et je le trouve très convaincant1Il existe une traduction française, mais je ne sais pas ce qu’elle vaut..

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Et mon petit doigt me dit que je risque de le réutiliser dans ma prochaine vidéo, qui sortira… quand elle sortira ^^ (ça pourra se compter en mois, je préfère prévenir. Mais j’ai une première version du script, et une idée assez précise de son univers musical et visuel. Ça avance, lentement mais surement !)

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Ô surprise, le Brexit va coûter (cher) à l’économie britannique…

Quatre économistes ont compilé les résultats de douze simulations différentes, qui proposent d’estimer les gains et pertes associées au Brexit.

Parmi ces simulations, deux seulement trouvent un effet positif pour l’économie britannique – mais elles reposent sur des hypothèses irréalistes…

Pour les 10 autres, plus crédibles, les pertes de PIB pour le Royaume-Uni vont de -0.75% à -4.5%, selon les scénarios considérés.

Pour vous donner un ordre de grandeur, la crise de 2008, l’une des pires depuis 1929, a contracté le PIB britannique de -6% en un an et demi. Sans atteindre la violence de la crise de 2008, les effets récessifs attendus du Brexit sont donc loin d’être anodins1Certains disent que le Royaume-Uni pourrait s’en sortir en établissant de nouveaux accords commerciaux avec des pays non-européens. Sans doute que ça aidera, mais il ne faut pas oublier que l’intensité des flux commerciaux décroît avec la distance. Rien ne dit que de tels accords, sous réserve d’ailleurs qu’ils aboutissent, permettent de compenser entièrement les pertes associées à la sortie de l’Union Européenne..

Cette contraction correspond à une perte comprise entre 21 et 126 milliards de dollars, si l’on prend le PIB britannique de 2018 comme référence. À titre de comparaison, le Royaume-Uni dépense chaque année environ 120 milliards de dollars dans l’éducation.

À noter aussi que sans surprise, ces simulations montrent que l’Union Européenne va elle aussi souffrir du Brexit. C’est un résultat attendu : le commerce bénéficiant aux deux parties qui échangent, dès lors que ce dernier devient plus difficile, les deux parties sont négativement affectées. Cela étant, le choc sera quand même plus violent pour le Royaume-Uni.

Même si cet article n’est pas une méta-analyse (les économistes font très peu de méta-analyses), qu’il intègre douze simulations différentes permet d’obtenir des conclusions plus robustes que celles issues d’une seule simulation.

Je pense que peu d’économistes seront surpris par ces résultats.

Certains questionnent parfois l’existence de « lois scientifiques » dans les sciences humaines et sociales. L’économie ne possède certes pas la même précision de mesure que la physique par exemple, mais l’exemple du Brexit montre bien qu’il est malgré tout possible d’identifier des régularités, et de spécifier les conditions dans lesquelles on les retrouve. Ici, la régularité est que le commerce augmente la richesse des deux parties. C’est un résultat archi-établi en économie.

On a beau vouloir croire très fort que ce résultat soit faux, ou croire tout aussi fort que les économistes sont des libéraux et que ne pas partager leur supposée idéologie suffit pour refuser leurs résultats. Cet exemple montre que ça n’est pas ainsi que ça fonctionne. Que les méthodes des économistes sont peut-être plus puissantes que ce que certains (majoritaires dans les médias) en disent…

La science économique n’est pas parfaite, la science économique n’est pas étanche aux idéologies – mais c’est vrai de toutes les disciplines scientifiques. La traiter comme un cirque où toutes les opinions auraient la même valeur, comme on le fait trop souvent en France, c’est s’exposer à l’obscurantisme le plus crasseux.

Lire l’article : https://piie.com/publications/working-papers/brexit-everyone-loses-britain-loses-most

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La science économique est-elle encore une science de l’argent ?

Les stéréotypes et croyances infondées sur ce que font réellement les économistes sont nombreux – trop nombreux.

Pourtant, depuis les années 1980, la science économique est passée d’une discipline centrée sur l’argent et construite à l’aide de modèles, à une discipline basée sur les gens et construite sur des preuves empiriques.

Voici les résultats d’une base de données travaillée par un groupe de chercheurs, qui ont exploré le corpus scientifique d’un ensemble de revues scientifiques. Voici l’occurrence1Part des articles où le mot apparaît au moins une fois. des mots « money » et « people » en 1970 et en 2016 :

Quand aux termes qui reviennent le plus souvent, on voit clairement l’émergence du terme « evidence » dans les années 2000 (qui remplace « price » dans ce top 3) :

« Model » reste présent, mais clairement l’économie est désormais davantage tournée vers les preuves que vers les seules considérations théoriques.

Quand vous entendez quelqu’un critiquer « la science économique » à la télévision ou ailleurs, surtout au prétexte qu’il s’agirait d’un instrument idéologique néolibéral, demandez-vous comment cet argument s’imbrique avec les données que je viens de présenter.

C’est surtout important de le faire quand ledit argument semble aller dans le sens de nos croyances idéologiques. Mais attention au biais de confirmation, et aux arguments sans preuves !

Source et ressources supplémentaires :

Nota : je n’ai pas bien compris sur quel corpus scientifique porte le travail d’exploration textuel. Sont cités deux chercheurs comme sources des données, et ils font référence dans cet exercice. Je vais envoyer un email à la chercheuse qui reprend ces graphiques, mais même si la constitution exacte de la base de données n’est pas claire, il n’y a pas de raisons de ne pas faire confiance.

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