Je suis rentré de Seattle & point sur la suite

Ça y est, me voilà de retour en Europe – avec un bon jet lag dans les jambes !

Je n’ai pas été aussi actif que prévu en termes de contenu pour L’Économiste Sceptique à Seattle, mais c’est sans doute un point qui s’améliorera lors de mes prochains voyages. J’ai simplement besoin de trouver une manière de m’organiser, car voyager peut s’avérer assez disruptif pour les habitudes de travail.

J’ai toutefois filmé pas mal de choses, et je pense pouvoir sortir trois vidéos à partir de ce que j’ai tourné (peut-être quatre, mais ça me paraît un peu trop ambitieux). Ces vidéos seront un nouveau format, qui demandera sans doute un peu d’essais-erreurs avant de se mettre en place définitivement. Mais je n’en dis pas plus pour l’instant 😏

Ce que je peux dire par contre c’est que je vais avoir besoin d’un peu de temps pour les sortir. Les raisons sont :

  • Je comptais finir les enregistrements sonores demain dimanche, mais j’ai une semi-extinction de voix…
  • Je veux travailler sur des génériques qui soient aussi qualitatifs que ceux de #{Système1}
  • Ma thèse avance bien mais me prend du temps, et c’est ma priorité en ce moment
  • Je vais sans doute avoir besoin de quelques jours pour me débarrasser du jet lag et retrouver la pleine possession de mes moyens (9h de décalage horaire, lorsqu’il est 13h en France il est 4h du matin à Seattle, j’ai donc le coup de barre en plein milieu de la journée, et il a tendance à durer jusqu’à 18-19h…)

En plus des vidéos, j’ai du contenu écrit et photographique à finaliser. Ce contenu alimentera sans doute le site au cours des prochains jours.

Donc pour résumer : le voyage était super, j’ai adoré Seattle, ça été d’une très grande utilité professionnelle, et j’ai rencontré des gens très bien. Et pour le contenu, c’est dans les tuyaux et ça arrivera bientôt !

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Comment travaillent les vulgarisateurs scientifiques

Mathieu Rouault et Grand Labo se lancent dans la réalisation de six épisodes vidéo, épisodes dans lesquels ils suivent des vulgarisateurs comme Nicolas Martin de La Méthode Scientifique sur France Culture ou Léo Grasset de Dirty Biology.

Pour financer ces épisodes, ils ont ouvert une campagne Ulule de financement participatif à laquelle je vous encourage chaudement de participer avant sa cloture vendredi. Même quelques euros aident ! J’ai moi-même participé à hauteur de 5€ (faute de pouvoir donner davantage 😕).

Ils ont d’ores et déjà sorti un épisode avec Nicolas Martin, et franchement ça donne carrément envie de voir la campagne Ulule arriver à son terme pour que les cinq autres puissent voir le jour 😀

Bravo à Mathieu et à toute l’équipe de Grand Labo pour ce très beau projet !

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Les filles ne sont fondamentalement pas moins bonnes en maths que les garçons

Il est établi que les disciplines fortement mathématisées comme la physique, les mathématiques ou dans une certaine mesure l’économie, sont moins souvent choisies par les filles au cours de leur scolarité. Ce qui aboutit à une sur-représentation des garçons dans ces disciplines.

Comment expliquer cet écart ?

Une explication souvent avancée est qu’il existerait des différences cognitives entre les filles et les garçons, et que ces différences rendraient les garçons en moyenne meilleurs en mathématiques. Mais une nouvelle étude démontre que ça n’est probablement pas le cas : après avoir assigné à 104 enfants dont l’âge est compris entre 3 et 10 ans des tâches mathématiques, les chercheurs n’ont pas trouvé de différences dans le fonctionnement du cerveau.

Une étude seule ne permet toutefois jamais de conclure, et c’est pour cette raison qu’il est important de regarder d’autres études. Il semble que ce type de résultat, qui n’identifie pas de différences cognitives entre les filles et les garçons, se retrouve assez fréquemment.

Sans une revue systématique de la littérature, il faut bien évidemment rester prudent, mais a minima, l’hypothèse selon laquelle les filles sont sous-représentées dans les disciplines à fort contenu mathématique parce qu’elles seraient structurellement moins aptes aux mathématiques semble des plus fragiles. Elle est en tout cas loin d’être une explication évidente à considérer pour expliquer ces écarts.

Alors à quoi seraient dus ces écarts, si ça n’est pas à des différentes cognitives ?

La réponse est sans doute dans les modes de socialisation : les filles ne font pas face aux mêmes attentes que les garçons lors de leur éducation, ce qui va nécessairement finir par modifier les choix des unes et des autres. Il suffit par exemple que les matières mathématisées soient perçus comme « des trucs de garçon » pour que les parents, enseignants, conseillers d’orientation, etc. encouragent davantage les garçons à s’y orienter, et découragent davantage les filles à s’y orienter.

Il existe aussi un effet cumulatif, qui amplifie très certainement les écarts : quand bien même il n’y aurait pas de différence cognitive entre filles et garçons, s’il n’y a pas de modèle du même genre auquel les filles peuvent s’identifier, ces dernières vont avoir moins tendance à choisir la discipline où les femmes sont sous-représentées1On peut penser qu’un effet similaire joue dans les disciplines ou les métiers dans lesquels les hommes sont sous-représentés.. Dans cet article à paraître (dernière version), les deux économistes Catherine Porter et Danila Serra démontrent par exemple que faire enseigner la science économique par des femmes à l’université aux États-Unis va (significativement) augmenter la proportion de femmes qui vont continuer dans cette voie.

Or, s’il y a peu de femmes dans une discipline, cela va réduire la probabilité d’avoir un modèle pour inspirer les jeunes femmes, ce qui va renforcer la sur-représentation des hommes. C’est ce que l’on appelle un équilibre stable : la situation (ici, la part des hommes et des femmes) ne bouge plus, et elle aura du mal à fortement évoluer dans le temps parce que des forces diverses la maintienne à son niveau (ici, l’absence de modèles causée par la sous-représentation des femmes, qui empêche d’autres femmes de se projeter dans ce type de carrière, ce qui maintient la sous-représentation).

Pour conclure, je ferais deux remarques. La première est que l’explication de ces écarts est une question difficile, à laquelle il n’y a probablement pas d’explication unique. On est très certainement en présence d’un phénomène multi-factoriel, c’est-à-dire généré par un ensemble de causes différentes – dont il est n’est pas dit que toutes jouent dans le même sens. La seconde est que malgré tout, compte tenu de tout ce que l’on sait sur les effets de la socialisation sur les comportements, il me semble que l’explication à base de causes sociales est en l’état la plus vraisemblable.

Il faudra très certainement du temps et beaucoup d’autres recherches pour trancher définitivement cette question – ou que les recherches qui existent déjà à ce sujet soient davantage connues (au moins de moi).

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Non M. le journaliste, les faits n’ont pas à être à charge et à décharge

Cette interview de Jean-Marc Jancovici circule depuis quelques jours sur le Twitter sceptique, et j’aimerais la commenter.

Jean-Marc Jancovici était invité dans la Matinale de France Culture, et la vidéo circule parce qu’il donne une leçon (à mon sens magistrale) de méthode scientifique et de relation aux faits à Guillaume Erner, le journaliste qui présente l’émission.

Cela dure environ une dizaine de minutes et commence à 29min45.

Il y a sans doute beaucoup à dire sur cet échange, mais un point en particulier m’a fait froid dans le dos : quand Erner dit qu’il invite des gens « à charge et à décharge ». La réponse de Jancovici est sensiblement identique à ma position, donc je vais simplement la rappeler : les faits ne sont ni à charge, ni à décharge.

Par contre, j’aimerais m’attarder sur cette erreur extraordinairement courante des journalistes sur les sujets scientifiques, précisément celle que fait Erner dans cette interview : croire que tous les sujets se prêtent à un débat entre « pro » et « anti ».

Cette approche est à mon sens très fallacieuse pour de nombreuses raisons, et deux en particulier :

  • comme le dit très bien Jancovici, les faits ne sont ni à charge, ni à décharge. Prétendre le contraire, c’est la porte ouverture au relativisme le plus total et à la fin de toute ambition scientifique
  • cette approche donne l’illusion qu’il y a deux camps de taille équivalente, avec des arguments plus ou moins équivalents qui se vaudraient

Ce dernier point a déjà été illustré par les climato-sceptiques : ultra-minoritaires dans le champ académique, le simple fait de les inviter en face de chercheurs qui adhèrent au consensus scientifique donne l’illusion (fausse) que le débat sur l’origine humaine du réchauffement climatique n’est pas tranché, que chaque camp aurait des arguments de force équivalence. En économie, le même problème se pose, où certains chercheurs ayant des positions ultra-minoritaires sont constamment invités.

Vous pensez peut-être qu’il y a en science économique plusieurs approches différentes qui seraient plus ou moins équivalentes, et que selon votre idéologie politique vous pourrez préférer l’une plutôt que l’autre. Cette conception de la science économique, qui n’a aucune base intellectuelle sérieuse, est à mon sens la conséquence (dramatique) de cette tendance des médias à systématiquement inviter un économiste « de chaque camp ».

Mais le problème va plus loin car la notion même de camp en économie est inopérante dans le champ scientifique : les médias considèrent souvent les discussions économiques sous le seul angle idéologique ou politique, avec (pour aller vite) l’économiste de droite vs. l’économiste de gauche. Autant sur les sujets de politiques publiques, qui font des gagnants et des perdants, il est légitime de donner la parole au plus grand nombre – car ce sont des sujets politiques. Autant sur la question des faits, cela n’a aucun sens.

Si j’affirme par exemple qu’une baisse des impôts sur les entreprises augmente le nombre d’embauches (et donc diminue le chômage), il s’agit d’un énoncé testable – qui est vrai ou faux, mais qui ne peut pas être les deux en même temps selon votre idéologie1Et de ce que j’en sais, il me semble que c’est un énoncé plutôt faux.. Que l’énoncé soit vrai ou faux ne permet pas de dire quelle est mon idéologie politique.

La confusion des journalistes vient probablement de leur lecture quasi-exclusivement politique des débats. C’est aussi quelque chose que l’on retrouve dans cette interview, quand Erner dit que Jancovici serait « pro-nucléaire » parce qu’il dit que le danger radiologique autour de Fukushima est aujourd’hui très faible – voire inexistant. Pourquoi toujours raisonner en « pro » et « anti » ? Pourquoi ne pas raisonner sur d’autres bases, comme par exemple « que sait-on vraiment ? ».

La discussion autour de l’effet des gaz de schiste aux États-Unis (vers 36min) est aussi éclairante, car on voit bien comment cette lecture quasi-exclusivement politique aboutit à faire des interprétations fallacieuses des arguments des uns et des autres. Il y a toutefois d’autres hommes de paille, par exemple sur la position de Jancovici sur le nucléaire. Il me semble qu’ils proviennent eux-aussi de cette lecture quasi-exclusivement politique.

Pour finir, on remarquera les références un peu douteuses au « lobby nucléaire » : je ne suis pas opposé à l’usage de ce terme, mais dans ce cas pourquoi ne pas aussi parler du « lobby biologique » ? On rappelle que EELV a fait élire un député européen ancien PDG de BioCoop, et que BioCoop finance des associations comme Générations futures. Pourquoi s’indigner uniquement contre certains lobbys ? D’autant qu’il est établi que EELV, BioCoop et Générations futures ont recours à de la désinformation pour faire avancer leurs intérêts.

Dans tous les cas, je vous conseille vivement d’écouter cet échange de 10 minutes. Il est particulièrement instructif quant au fossé béant qu’il existe entre les journalistes et les chercheurs quant à la manière d’appréhender les faits et les résultats scientifiques.

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Cet astéroïde vaut-il réellement des quintillions de dollars ?

La réponse est claire : non. Du tout.

La méthodologie habituellement utilisée pour estimer la valeur d’un astéroïde est simple : on prend les quantités de x qu’il contient, on la multiple par le prix de marché de x, et paf ça nous donne une valeur.

Le problème de cette méthodologie est qu’elle suppose une économie statique, là où elle est dynamique.

En l’occurrence, les métaux précieux comme l’or sont chers car ils sont rares. Inversement, l’eau du robinet est très peu chère parce qu’elle est abondante.

En d’autres termes, la loi de l’offre et de la demande permet de faire une prédiction aussi simple que robuste : en amenant une telle quantité de métaux précieux sur Terre, ces derniers ne seront plus rares, et leurs prix s’effondreront.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y aurait pas d’intérêt économique à aller miner un astéroïde. On peut légitimement se dire qu’avoir en abondance des métaux jusqu’à présents rares ouvrirait de nombreuses portes en termes d’usage et de technologiques, notamment. Mais la valeur faciale de cet astéroïde est sans doute nettement plus faible qu’annoncée.

Sa valeur sociale, elle, serait sans doute plus importante puisqu’elle intègre toutes les choses que l’on pourrait désormais faire avec des métaux précieux aussi abondants – ce que l’on appelle les externalités. Ce qui pose in fine la question de ce qu’est la valeur – mais c’est une question pour une autre fois…

Mais pour ce qui est de sa valeur faciale, il n’y a aucune chance qu’elle soit aussi élevée. Déso.

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