Le Monde et le glyphosate : encore une faillite journalistique

J’imagine que comme moi, le sujet du glyphosate commence à vous lasser. Et j’imagine que comme moi, le traitement désastreux qu’en fait Le Monde ne vous étonne plus. Mais je pense qu’il ne faut pas lâcher la pression, bien au contraire, tant la faillite intellectuelle derrière ce traitement est totale.

Aujourd’hui, on va parler de l’article du Monde qui reprend la méta-analyse déjà abordée ici. L’article en question est disponible là.

Je ne vais pas m’intéresser à tout, mais plutôt au ton global, catastrophiste. Jugez plutôt, notamment l’illustration :

Remarquez en particulier la légende de l’image, qui dit « quand on a été exposé simplement à des produits à base de glyphosate ». « Simplement », vraiment ?

Oui, la méta-analyse en question trouve en effet bien qu’il y a une augmentation du risque de 41%. Mais pour 0,013% de la population. Ce qui fait qu’après correction, la nouvelle population susceptible de développer davantage de cancers représente 0,018% de la population totale. Bien évidemment, cette information pourtant cruciale de l’étude n’est absolument pas mentionnée dans l’article…

Si c’était si « simple », comme le prétend cette légende, on se demande alors pourquoi si peu, en proportion, sont touchés par ce risque accru de cancers1Cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire pour ces 0,018%. Mais sans doute que les choses à faire sont différentes que si le glyphosate touchait largement la population, ce qui n’est pas le cas..

Je m’étonne aussi que l’étude n’est été commentée que… par ses auteurs. Aucun scientifique tiers n’a semble-t-il été contacté. Évidemment que les auteurs vont défendre leurs résultats ! C’est précisément pour cette raison que donner la parole à d’autres chercheurs est essentiel – et, dans mon esprit, courant dans le journalisme scientifique. De là à en conclure que le journalisme du Monde sur le glyphosate n’est pas du journalisme scientifique ?

J’ai l’impression que sur le glyphosate (comme peut-être en économie, d’ailleurs…), l’information au Monde a fait place à une sorte de militantisme.

Je ne répéterais jamais assez à quel point ce genre de traitement spécieux et vicié d’un champ académique pourtant riche et complexe est une bombe à retardement pour les médias français. Ils vont finir par se couper de leur audience éduquée. C’est déjà le cas en économie, où peu d’économistes lisent la presse française.

« Avant », ça n’était pas nécessairement un problème, car il n’y avait que les médias. Mais aujourd’hui, avec Twitter, Facebook, YouTube, les blogs, les chercheurs eux-mêmes peuvent directement s’adresser au grand public. Les journalistes ne sont plus des passages obligés, et à terme, ils risquent de ne plus être des passages du tout.

Si cette prédiction se réalise, ils ne pourront pas dire qu’ils n’ont pas été prévenus (sauf Stéphane Foucart, comme il m’a bloqué sur Twitter je ne pourrai pas le notifier de cette publication).

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