Le terrorisme d’extrême-droite est-il moins médiatisé que le terrorisme islamiste ?

L’attaque terroriste à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, est un nouveau cas d’attaque terroriste perpetrée par un sympathisant d’extrême-droite.

Dans le graphique ci-dessous, The Economist compile le nombre de morts dans différentes attaques terroristes d’extrême-droite dans les pays occidentaux. Et clairement, depuis les années 2010, on constate à la fois une augmentation de ces attaques, et du nombre de morts qu’elles emportent.

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Au-delà des raisons de cette tendance1Une partie importante de l’explication pourrait sans doute être résumée par quelque chose comme : les apprentis terroristes s’inspirent des attaques de leurs prédécesseurs, et plus il y a d’attaques, plus il y a matière à s’inspirer, donc plus la probabilité de voir l’un d’eux passer à l’acte augmente. Et c’est un cercle vicieux qui s’auto-renforce…, se pose aussi la question de la médiatisation de ces attaques. Quand un attentat est perpertré par des islamistes, vous pourriez avoir le sentiment qu’il est nettement plus couvert par les médias que lorsqu’il s’agit d’un attentat perpertré par des sympathisants d’extrême-droite.

Si c’est votre sentiment, sachez qu’il est corroboré par des preuves empiriques : dans une publication de 2018, deux chercheuses et un chercheur américains montrent (sur données américaines) qu’en neutralisant l’effet du type de cible, du nombre de tués2On va sans doute davantage parler des attaques ayant tué beaucoup de monde. et de l’arrestation ou non du terroriste3Lorsque le terroriste est arrêté, il est la plupart du temps jugé, ce qui entraîne un surplus de couverture médiatique qui n’a pas lieu d’être lorsque le terroristre est tué ou se donne la mort., les attaques perpetrées par des musulmans reçoivent, en moyenne, 357% de couverture en plus que les autres – soit 4,5 fois plus.

Si l’on prend la télévision comme exemple, pour 10 minutes de temps d’antenne consacrée à une attaque qui n’est pas perpetrée par un musulman, une attaque par un musulman recevrait 45 minutes de temps d’antenne toutes choses égales par ailleurs. L’écart me paraît énorme. Et je ne serais pas étonné qu’un écart allant dans le même sens soit trouvé sur données françaises, suisses ou belges par exemple.

L’un des problèmes que pose un tel écart est qu’il conditionne les représentations de l’opinion publique, et avec elle les politiques sécuritaires que les politicien.ne.s sont prêt.e.s à mettre en place. L’opinion publique ne se forme pas uniquement à partir de faits, mais à partir de croyances. Et ça n’est pas aux sceptiques que je vais apprendre l’importance des biais dans la cognition humaine.

On peut aussi se demander qui de l’œuf ou de la poule : est-ce la couverture médiatique déséquilibrée qui génère les croyances dans l’opinion publique, ou sont-ce les croyances pré-existantes dans l’opinion publique qui, par un effet de demande4Les gens regardent ce qui les intéressent, en gros, et les médias, répondant aux incitations de l’audience car plus d’audience, c’est plus de publicité, donc plus de revenus, font des programmes qui maximisent leur audience. Et tant pis si ces programmes ne rendent pas compte de manière cohérente de la réalité., génèrent la couverture médiatique déséquilibrée ?

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