Les gens issus des classes supérieures sur-estiment-ils leur compétence ?

Une série de quatre expériences en psychologie a montré que :

  • Les gens issus des classes supérieures ont tendance à surestimer leurs capacités
  • Lorsqu’on leur présente des résultats de tests montrant qu’ils sont dans la moyenne, ils continuent à penser qu’ils sont meilleurs que la moyenne
  • Ceux qui les observent ont tendance à interpréter cette sur-confiance comme de la compétence

Les « privilèges » associées à faire partie des classes supérieures sont déjà bien documentés, notamment dans le domaine scolaire.

Ces études suggèrent que d’autres privilèges sont possiblement à l’œuvre : à la fois des privilèges autour de la confiance en soi, qui réduisent l’auto-censure et poussent les gens à davantage prendre de risques et d’initiatives. Mais aussi des privilèges dans la manière dont les autres vous perçoivent, puisqu’ici non seulement être issu d’une classe supérieure protège d’une punition pour avoir été trop confiant en ses capacités, mais les autres ont même tendance à donner du crédit (indûment) en interprétant (faussement) cette sur-confiance comme de la compétence.

Ces résultats me laissent à penser que le Dunning-Kruger n’est pas uniforme dans la population, et qu’il n’est pas nécessairement pénalisé partout1J’allais écrire : « contrairement à la communauté sceptique ». Et puis je me suis souvenu de toutes ces fois où j’ai vu des sceptiques critiquer le Dunning-Kruger des autres, en oubliant consciencieusement de ne surtout pas travailler sur le leur…. Ici, il semble même être valorisé ! Mais je me trompe peut-être.

Cela étant, une difficulté de ces études est de savoir comment définir une « classe sociale » : c’est à la fois important pour les chercheurs bien sûr, mais également pour les sujets. Car cette tolérance pour la sur-confiance est associée à la perception qu’ont les gens de la classe sociale de l’autre. Mais contrairement aux apparences, il n’est pas simple de définir clairement une classe sociale – d’autant que les gens ont tendance à croire qu’ils sont dans la classe moyenne, y compris lorsqu’ils sont dans une classe inférieure ou supérieure à la classe moyenne… Ce qui peut bruiter les perceptions de la classe sociale d’appartenance des autres.

Bien évidemment, ces résultats seuls ne démontrent rien, d’autant qu’ils ont été repris dans le New York Times : sa réputation scientifique n’est pas la meilleure on va dire, et puisque c’est un journal « de gauche », on comprend que publier ce genre d’article peut plaire à ses lecteurs2Il suffit de voir son titre : « Why High-Class People Get Away With Incompetence ». On est clairement dans l’affirmation, il n’y a aucune précaution de prise sur les limites de ne s’intéresser qu’à quatre études seulement…. Ce qu’il faudrait, ça serait donc s’intéresser à une méta-analyse sur cette question – si vous en connaissez une, n’hésitez d’ailleurs pas la partager dans les commentaires de cette publication ⤵️

Malgré tout, il m’a semblé intéressant d’en parler, au moins pour illustrer les interactions entre psychologie, sociologie et économie.

Source (en anglais) via.

2 réponses sur « Les gens issus des classes supérieures sur-estiment-ils leur compétence ? »

Je serai d’accord avec votre argument, mais malheureusement je distingue plutôt ce problème chez des économistes Keynésiens ou pseudo keynésiens pour rester aimable. Alors qu’un brave libérale en défendant la liberté et le droit de propriété accepte la nature humaine dans son ensemble et observe ou anticipe les comportements qui en découle sans faire de jugement de valeurs pour aboutir a sa démonstration (Augustin Landier). Quand je lie ou j’écoute Daniel Cohen sur France Culture avec un minimum de culture éco, il est très facile de décoder ses raccourcis et ses partis-pris qui sont incessants. Sans parler de la super star Thomas Picketi. Vous n’êtes pas sans savoir que tous les soir on peut trouver quelqu’un dans les médias pour nous rappeler qu’il faut plus de justice fiscale. Mais ce n’est pas le sujet, pardon.

Vous dites « votre argument », de quel argument parlez-vous exactement ? Vous dites aussi « ce problème », de quel problème parlez-vous exactement ?

J’ai en outre du mal à voir le rapport entre le fait d’être supposément keynésien ou libéral, et les résultats que je présente dans cet article : ils sont issus d’expérimentations basées sur des protocoles explicites et publics, et ont été publiés dans des revues scientifiques à comité de lecture. C’est d’autant plus vrai que lesdits résultats n’ont pas été produits par des économistes mais par des psychologues.

Je suis enfin en désaccord lorsque vous dites qu’un libéral ne fait pas de jugement de valeur : dans la mesure où le libéralisme est une philosophie politique, il est par essence (comme toutes les philosophies politiques) fondé sur des jugements de valeur. Et je ne suis pas non plus certain que « l’inverse » de libéral c’est keynésien (sauf à adhérer à une vision très simplifiée aussi bien du libéralisme que du keynésianisme).

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Bonjour, c'est Olivier – alias L'Économiste Sceptique 🙂

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