Comment travaillent les vulgarisateurs scientifiques

Mathieu Rouault et Grand Labo se lancent dans la réalisation de six épisodes vidéo, épisodes dans lesquels ils suivent des vulgarisateurs comme Nicolas Martin de La Méthode Scientifique sur France Culture ou Léo Grasset de Dirty Biology.

Pour financer ces épisodes, ils ont ouvert une campagne Ulule de financement participatif à laquelle je vous encourage chaudement de participer avant sa cloture vendredi. Même quelques euros aident ! J’ai moi-même participé à hauteur de 5€ (faute de pouvoir donner davantage 😕).

Ils ont d’ores et déjà sorti un épisode avec Nicolas Martin, et franchement ça donne carrément envie de voir la campagne Ulule arriver à son terme pour que les cinq autres puissent voir le jour 😀

Bravo à Mathieu et à toute l’équipe de Grand Labo pour ce très beau projet !

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Non M. le journaliste, les faits n’ont pas à être à charge et à décharge

Cette interview de Jean-Marc Jancovici circule depuis quelques jours sur le Twitter sceptique, et j’aimerais la commenter.

Jean-Marc Jancovici était invité dans la Matinale de France Culture, et la vidéo circule parce qu’il donne une leçon (à mon sens magistrale) de méthode scientifique et de relation aux faits à Guillaume Erner, le journaliste qui présente l’émission.

Cela dure environ une dizaine de minutes et commence à 29min45.

Il y a sans doute beaucoup à dire sur cet échange, mais un point en particulier m’a fait froid dans le dos : quand Erner dit qu’il invite des gens « à charge et à décharge ». La réponse de Jancovici est sensiblement identique à ma position, donc je vais simplement la rappeler : les faits ne sont ni à charge, ni à décharge.

Par contre, j’aimerais m’attarder sur cette erreur extraordinairement courante des journalistes sur les sujets scientifiques, précisément celle que fait Erner dans cette interview : croire que tous les sujets se prêtent à un débat entre « pro » et « anti ».

Cette approche est à mon sens très fallacieuse pour de nombreuses raisons, et deux en particulier :

  • comme le dit très bien Jancovici, les faits ne sont ni à charge, ni à décharge. Prétendre le contraire, c’est la porte ouverture au relativisme le plus total et à la fin de toute ambition scientifique
  • cette approche donne l’illusion qu’il y a deux camps de taille équivalente, avec des arguments plus ou moins équivalents qui se vaudraient

Ce dernier point a déjà été illustré par les climato-sceptiques : ultra-minoritaires dans le champ académique, le simple fait de les inviter en face de chercheurs qui adhèrent au consensus scientifique donne l’illusion (fausse) que le débat sur l’origine humaine du réchauffement climatique n’est pas tranché, que chaque camp aurait des arguments de force équivalence. En économie, le même problème se pose, où certains chercheurs ayant des positions ultra-minoritaires sont constamment invités.

Vous pensez peut-être qu’il y a en science économique plusieurs approches différentes qui seraient plus ou moins équivalentes, et que selon votre idéologie politique vous pourrez préférer l’une plutôt que l’autre. Cette conception de la science économique, qui n’a aucune base intellectuelle sérieuse, est à mon sens la conséquence (dramatique) de cette tendance des médias à systématiquement inviter un économiste « de chaque camp ».

Mais le problème va plus loin car la notion même de camp en économie est inopérante dans le champ scientifique : les médias considèrent souvent les discussions économiques sous le seul angle idéologique ou politique, avec (pour aller vite) l’économiste de droite vs. l’économiste de gauche. Autant sur les sujets de politiques publiques, qui font des gagnants et des perdants, il est légitime de donner la parole au plus grand nombre – car ce sont des sujets politiques. Autant sur la question des faits, cela n’a aucun sens.

Si j’affirme par exemple qu’une baisse des impôts sur les entreprises augmente le nombre d’embauches (et donc diminue le chômage), il s’agit d’un énoncé testable – qui est vrai ou faux, mais qui ne peut pas être les deux en même temps selon votre idéologie1Et de ce que j’en sais, il me semble que c’est un énoncé plutôt faux.. Que l’énoncé soit vrai ou faux ne permet pas de dire quelle est mon idéologie politique.

La confusion des journalistes vient probablement de leur lecture quasi-exclusivement politique des débats. C’est aussi quelque chose que l’on retrouve dans cette interview, quand Erner dit que Jancovici serait « pro-nucléaire » parce qu’il dit que le danger radiologique autour de Fukushima est aujourd’hui très faible – voire inexistant. Pourquoi toujours raisonner en « pro » et « anti » ? Pourquoi ne pas raisonner sur d’autres bases, comme par exemple « que sait-on vraiment ? ».

La discussion autour de l’effet des gaz de schiste aux États-Unis (vers 36min) est aussi éclairante, car on voit bien comment cette lecture quasi-exclusivement politique aboutit à faire des interprétations fallacieuses des arguments des uns et des autres. Il y a toutefois d’autres hommes de paille, par exemple sur la position de Jancovici sur le nucléaire. Il me semble qu’ils proviennent eux-aussi de cette lecture quasi-exclusivement politique.

Pour finir, on remarquera les références un peu douteuses au « lobby nucléaire » : je ne suis pas opposé à l’usage de ce terme, mais dans ce cas pourquoi ne pas aussi parler du « lobby biologique » ? On rappelle que EELV a fait élire un député européen ancien PDG de BioCoop, et que BioCoop finance des associations comme Générations futures. Pourquoi s’indigner uniquement contre certains lobbys ? D’autant qu’il est établi que EELV, BioCoop et Générations futures ont recours à de la désinformation pour faire avancer leurs intérêts.

Dans tous les cas, je vous conseille vivement d’écouter cet échange de 10 minutes. Il est particulièrement instructif quant au fossé béant qu’il existe entre les journalistes et les chercheurs quant à la manière d’appréhender les faits et les résultats scientifiques.

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J’ai (enfin !) signé la tribune #NoFakeScience

Il y a quelques semaines, un collectif de vulgarisateurs a rédigé et publié une tribune appelant les médias à mieux traiter l’information scientifique. C’est peu de dire que cette dernière a été passablement malmenée ces derniers temps…

Après lecture et un petit temps de réflexion, j’ai finalement décidé de signer moi aussi la tribune. Cette dernière n’est pas parfaite, mais là n’est pas la question. La question est qu’elle identifie un vrai problème, qu’il faudra sans doute que l’on essaie un jour de résoudre.

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